Oubliez tout. Effacez la cassette. Jetez par la fenêtre le PowerPoint sur « l’échec du socialisme bolivarien » que mâche en boucle le perroquet médiatique occidental. Le Venezuela n’est pas un pays qui s’est effondré. C’est un pays qu’on a étranglé, lentement, méthodiquement, avec un sourire démocratique et des gants en latex estampillés « sanctions ciblées ».
On nous a raconté une fable simple, confortable, digeste :
Maduro est fou, le socialisme ne marche jamais, fin de l’histoire.
Rideau.
Netflix peut lancer la série.
Sauf que la réalité, cette salope imprévisible, refuse obstinément de rentrer dans le script.
Revenons au moment où tout bascule.
2014.
Le pétrole s’écrase comme un junkie tombant d’un balcon à Miami.
Pour un pays dépendant à plus de 90% de ses exportations pétrolières, c’est déjà un coup de batte.
Mais Washington, jamais avare d’un coup de grâce, décide d’en faire une autopsie sans anesthésie.
Ce n’est plus une crise économique.
C’est une opération militaire sans chars, une guerre de l’ombre menée par des banquiers, des juristes et des algorithmes.
Coupez le Venezuela du système financier international.
Asphyxiez-le.
Empêchez-le de refinancer sa dette, d’acheter des médicaments, des pièces détachées, des additifs chimiques.
Puis saisissez CITGO, joyau de la couronne, la vache à dollars installée en plein territoire américain.
Vol légal, en costume trois-pièces, applaudi par CNN.
Mais le vrai coup de génie sadique, le chef-d’œuvre, c’est le sabotage technologique.
Le pétrole vénézuélien n’est pas un liquide docile.
C’est du bitume mutant, ultra-lourd, qui nécessite des technologies spécifiques, des diluants, des savoir-faire occidentaux.
Devinez ce qui disparaît du jour au lendemain ?
Les licences.
Les logiciels.
Les pièces.
Les ingénieurs.
Résultat :
tu peux avoir le plus grand réservoir de pétrole du monde,
si tu ne peux pas le pomper,
c’est juste une mare noire pour les moustiques.
Et pendant ce temps-là, on confisque des navires, on bloque du carburant en mer, on saisit des avions, on fait sauter des contrats comme des pétards juridiques.
Chaque cargaison bloquée devient une pénurie.
Chaque pénurie devient une inflation délirante.
Chaque inflation devient une valise, un exil, un million de corps en marche.
Puis, clou du spectacle :
on regarde les images de migrants vénézuéliens à la frontière et on dit, la bouche pleine de morale frelatée :
« Vous voyez ? Le socialisme échoue. »
C’est obscène.
C’est comme poignarder quelqu’un dans une ruelle, puis lui reprocher de saigner sur le trottoir.
Mais voilà que l’histoire refuse de mourir.
Parce que le monde de 2025 n’est plus celui de 1998.
Parce que l’empire n’a plus le monopole du robinet.
La Chine entre en scène.
Pas avec des discours enflammés, mais avec des ingénieurs, des prêts, des technologies, des pipelines mentaux.
Elle parle peu, elle compte beaucoup.
Elle échange en yuan.
Elle contourne.
Elle répare.
Elle remet en route des puits que Washington croyait condamnés à jamais.
Et lentement, l’économie redémarre.
Pas miraculeusement.
Pas proprement.
Mais suffisamment pour faire paniquer les prêtres du pétrodollar.
Parce que le vrai sujet n’a jamais été Maduro.
Ni le chavisme.
Ni même le Venezuela.
Le vrai sujet, c’est ceci :
Que se passe-t-il quand un pays pétrolier commence à vendre hors du dollar, hors du contrôle américain, avec l’aide de la Chine ?
Réponse :
on l’étrangle.
On l’excommunie.
On l’appelle « dictature ».
Le Venezuela est un champ de bataille monétaire.
Un laboratoire de punition.
Un message gravé au couteau : voilà ce qui arrive à ceux qui sortent de la ligne.
Et le peuple vénézuélien ?
Dommages collatéraux.
Chair à sanctions.
Figurants sacrifiés sur l’autel de la « libération ».
On ne libère rien.
On discipline.
Ce n’est pas une histoire de gauche ou de droite.
C’est une histoire de système nerveux mondial, de flux financiers, de domination invisible.
Une guerre sans bombes, mais avec des tableurs.
Une guerre où l’arme n’est pas le missile, mais le SWIFT.
Alors oui, le Venezuela a ses fautes.
Ses corruptions.
Ses aveuglements.
Mais croire que tout s’explique par « le socialisme qui ne marche pas »,
c’est comme expliquer Hiroshima par un problème d’urbanisme.
Le plus délirant, c’est que malgré tout, malgré l’asphyxie, malgré le sabotage, le pays respire encore.
Et ça, pour l’empire, c’est intolérable.
Parce qu’un Venezuela qui survit,
c’est un Venezuela qui prouve que la cage n’est pas inviolable.
Et ça, c’est le véritable scandale.
Article rédigé par : Franki Vasko
Source : in Facebook - Franki Vasko
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